© Veronique Caye, Data Mossoul
Dossiers

Ruines sur scène

« seront associés du dieu et de l’homme réunis en l’argile … afin que dans l’homme, il y ait un esprit … et cet esprit sera là pour le garder de l’oubli ». – Mythe d’Atrahasis (lignes 212-218)

Pour évoquer des sujets contemporains, les auteurs de théâtre se sont de tous temps appuyés sur des histoires antérieures au temps de l’écriture. Ce fut le cas de Sophocle avec la guerre de Troie, ça l’est aujourd’hui de Joséphine Serre avec l’empire Assyrien dans Data Mossoul, de Marie Lamachère et Barbara Métais-Chastanier dans Nous qui habitons vos ruines, et de Johanne Débat et la compagnie Modes d’emploi avec Les Manigances. Ces trois spectacles se construisent autour d’un rapport à l’Histoire et au temps avec profondeur, légèreté et intelligence.

© Veronique Caye, Data Mossoul
© Veronique Caye, Data Mossoul
© Veronique Caye, Data Mossoul
© Veronique Caye, Data Mossoul

La pièce Data Mossoul par la compagnie L’instant propice vu au théâtre de la Colline nous fait contempler nos lendemains depuis les ruines de Ninive pour mieux appréhender celles du futur. La disparition de l’empire assyrien met en lumière ce que nous vivons aujourd’hui. Le parallèle entre les tablettes d’argile de cette civilisation conservées grâce à un incendie et la gestion des archives numériques à l’heure des qubits des ordinateurs quantiques est saisissant. Que faisons nous face au danger de la réécriture de l’histoire par la destruction de données sous la pression d’initiatives privées? Comment réparer les “pertes de mémoire” ? Le temps présent sans passé n’est qu’une illusion. Bousculant l’espace temps à travers des situations s’affranchissant de la logique temporelle, la pièce nous fait voyager de Ninive en 612 avant J.C. lors d’une terrible séance de conseil du dernier des empereurs assyriens, à Mossoul occupé par l’Etat Islamique en 2014-2016 puis en 2025 dans un data center de Californie et dans un Motel du Wyoming occupé par une communauté d’excommuniés du web devenus hackers. C’est une fable moderne dont les héros contemporains convoquent les figures les plus anciennes de Gilgamesh et d’Enkidu. 

Les 27 et 28 mars 2020 au Lieu Unique à Nantes et courant novembre 2020 au théâtre Jean Vilar de Vitry sur Seine.

Les manigances ©Avril Dunoyer - Cie Modes d'Emploi.
Les manigances ©Avril Dunoyer - Cie Modes d'Emploi.
Les manigances ©Avril Dunoyer - Cie Modes d'Emploi.
Les manigances ©Avril Dunoyer - Cie Modes d'Emploi.

Les manigances par la cie modes d’emploi à la Maison du Théâtre et de la Danse d’Epinay sur Seine, mise en scène Johanne Débat.

La pièce se passe le jour de la fermeture définitive des musées: c’est la future fin de l’histoire, la mort de la mémoire, la fin de la culture. A travers des situations de comédie et des personnages simples dans leur vie quotidienne, nous observons le monde et nous mêmes devenir ruines. Que se passe-t-il quand les lieux de conservation et de transmission de la mémoire sont eux mêmes promis à l’oubli ? Quelle mémoire garderons nous si ces lieux sont remplacés dans leur fonction par une agence de voyages, l’Agence Extrêmes Frontières, qui propose de visiter des lieux de catastrophes, telle Tchernobyl ou par des parcs d’attraction à sensation comme Le Puy du Fou ? Serons nous comme ces enfants à la fin de la pièce se rappelant, ânonnant, chantonnant avec difficulté une marche militaire éculée tout en manipulant de vieux jouets ? C’est entre autres à ces questions que nous invite à réfléchir finement la Cie Modes d’Emploi en s’appuyant sur des discours politiques contemporains évoquant le rapport à l’histoire.

Du 26 au 28 mars 2020 / Théâtre Odyssée (Levallois-Perret)

Nous qui habitons vos ruines ©Marc Ginot
Nous qui habitons vos ruines ©Marc Ginot

Le spectacle Nous qui habitons vos ruines de Barbara Métais-Chastanier, par la compagnie Interstices, mise en scène Marie Lamachère, vu à la MC 93 de Bobigny, se penche sur la pensée du philosophe du 19ème siècle Charles Fourier, auteur et concepteur de la société de la terre harmonique regroupée autour de phalanstères, sortes de cités idéales. La pièce suit un étudiant enquêteur qui, dans le cadre de sa thèse sur le philosophe, va interroger des membres de communautés issues de mai 68 s’inspirant de cette pensée. Pour mener son enquête, il oublie son amour laissé en ville; leur histoire va s’écrouler sous nos yeux pour en faire naître une nouvelle. C’est à l’image de la pièce; chaque destruction portant en germe une reconstruction.

Ici, l’utopie elle-même est un vestige du passé. Il s’agit d’en bâtir une autre sur les bases de l’ancienne. Nous sommes au présent et nous observons ceux qui tentent de faire revivre des villages abandonnés. Cinquante ans après l’élan initial, que reste-t-il ? Où les a emmenés la vie ? Quelles sont les traces du substrat sur lequel s’appuie leur expérience ?

De mars à juin 2020 en itinérance autour de Montpellier programmé par le Théâtre des 13 vents/CDN.

Nous qui habitons vos ruines ©Marc Ginot
Nous qui habitons vos ruines ©Marc Ginot
Nous qui habitons vos ruines ©Marc Ginot
Nous qui habitons vos ruines ©Marc Ginot

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