Portrait d’Antoine Néron Bancel

Bénédicte Maselli
Docteur en histoire de l’art contemporain

Antoine Néron Bancel est un artiste lyonnais de 33 ans. Il est né au Brésil et est représenté par la Galerie Claire Corcia à Paris. Il est diplômé de l’école supérieure des Beaux-arts de Nîmes et de l’école nationale supérieure des Arts Décoratifs de Paris en cinéma d’animation.
Il a d’ailleurs réalisé le court métrage Du verre sous les étoiles, présenté au Palais de Tokyo à l’occasion de l’exposition Appareiller en 2016.

©Antoine Neron Bancel, L'aigle du paradis, 120x80 cm, encre de Chine sur toile.

Dès le départ il présente un travail de dentelier, technique et minutieux, fruit de longues heures solitaires passées en atelier.

Si le dessin contemporain bénéficie aujourd’hui d’un regain d’amour mérité, il était volontiers, au début des années 2000 au sein des écoles d’art, relégué au rang des médiums mineurs. 1

Or, aimant citer Ingres, Antoine Néron Bancel rappelle à juste titre que « le dessin est la probité de l’art ».

Aussi, si ses premiers dessins d’envergure étaient sur papier kraft c’est ensuite par refus de la facilité et en réponse au diktat du rapport entre support et surface (qui veut qu’une toile reçoive de la peinture et le papier du dessin), qu’il dessine au stylo BIC et au rotring sur des toiles de grands formats plutôt que sur du papier en signe de protestation silencieuse.

Admirateur des grands maitres de la Renaissance dont Michel Ange, Dürer, Rembrandt ou encore Jérôme Bosch il donne à voir des dessins à l’iconographie aussi riche que complexe. Certaines de ses toiles ne sont d’ailleurs pas sans rappeler l’énigmatique Jardin des délices de l’iconique primitif flamand.

Du pays de sa naissance on retrouve les couleurs vives et chaleureuses (primaires et secondaires) du Brésil même si son travail est majoritairement en noir et blanc ou en bleu et blanc selon le crayon qu’il utilise.
C’est d’abord la dimension onirique, empreinte d’imaginaire et de souvenirs d’enfances, qui se dégage des toiles d’Antoine Néron Bancel mais lorsque l’on s’y attarde la réalité y est plus complexe et les niveaux de significations multiples.

©Antoine Neron Bancel, Graphologie des têtes, 40x120 cm, encre de Chine, acrylique et Posca sur toile.

En effet, l’artiste se pose comme un témoin anachronique des temps présents et use autant des signes que des mythes contemporains 2. Allant des marques de luxe cachées dans les tissus de ses figures féminines, aux statues grecques chaussées de sneakers Nike ou encore à la statue de la liberté qui se désagrège au lendemain de l’élection de Donald Trump, l’artiste nous parle résolument de son époque.

Il effectue ainsi un subtil mélange entre mémoire collective et mémoire personnelle. Cette dernière se retrouve d’ailleurs dans de nombreux motifs qu’il parsème au gré de ses compositions.

Amoureux de la nature et des grands espaces ses dessins nous emmènent à la rencontre des oiseaux et des poissons qu’il aime observer et pêcher.

Les compositions d’Antoine Néron Bancel possèdent également des récurrences et des symboles forts,directement issus de son histoire personnelle, comme en témoignent l’enchevêtrement des architectures qui toutes s’effondrent par le haut et les bobines de fils suspendues et accrochées dans un ciel hors champ. Autrement dit, dans un espace autre aussi invisible qu’inaccessible.

Un autre motif récurent dans son travail est le damier, qui trouve une résonnance toute particulière avec la fragilité des fils. En effet, le damier, qui reprend la chromatique chère à l’artiste du noir et du blanc, symbolise les forces contraires qui s’opposent dans la lutte pour la vie. En somme, il est le lieu des oppositions et des combats aussi bien intérieurs qu’extérieurs. Cette notion de combat ou de quête, tant identitaire que culturelle, se retrouve notamment dans les nombreuses occurrences, à peine dissimulées, aux cartographies venant créer une tension latente, un équilibre fragile, entre l’Amérique du Sud d’un côté et l’Europe de l’autre.

Aussi, Antoine Néron Bancel livre un travail tout en pudeur mais d’une grande force, d’abord visuelle, puis personnelle et enfin intellectuelle.
Dans ses derniers travaux, il revient au support papier à la recherche d’un humble équilibre entre imaginaire et réalité.

©Antoine Neron Bancel, David 2.0, 90x90cm, encre de Chine et feutre sur carton.
©Antoine Neron Bancel, Dessin Lyon, rotring, triptyque.

1. Notons que cette posture dans les écoles des Beaux-arts est actuellement révolue mais que ce fut l’une des raisons qui ont motivé l’artiste à se diriger vers les formations proposées par les Arts Décoratifs.
2. Au sens où le définit Roland Barthes dans Mythologies publiées en 1957.

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