Mirò I, II, III

par Sylvain Bernière

Authentique poète de la peinture moderne, Joan Miró a littéralement traversé les époques et les mouvements artistiques. Cependant, à travers ce parcours qui le conduira à épouser le fauvisme, le cubisme, la sculpture, les engagements politiques et un dadaïsme assumé, le peintre a continué à entretenir un amour quasi constant pour la couleur bleue, si chère à sa Catalogne natale, symbolisant à la fois son ciel méridional et les eaux azurées de la Méditerranée. Un amour qui sera mis en exergue dès 1925, avec la fameuse toile « ceci est la couleur de mes rêves ».

Joan Miró, Bleu II, 1961. ©Fondation Maeght
Joan Miró, Bleu II, 1961. ©Fondation Maeght

Lorsque Joan Miró réalise Bleu I, Bleu II et Bleu III en mars 1961, cela fait un peu plus de quatre ans déjà qu’il a posé ses bagages dans son vaste atelier de Palma de Majorque, réalisé par son ami, l’architecte José Luis Sert. Le peintre, totalement désorienté par l’immensité vide de son espace de travail, s’attèle à combler rapidement l’espace.

À presque 68 ans, Joan Miró a évolué. Sa rencontre avec les expressionnistes abstraits américains, à la fin des années 40 (notamment Mark Rothko) l’a conduit, à la différence de ces derniers, vers une reconversion minimaliste de ses œuvres, un dépouillement généralisé, exempt de superflu. L’espace se doit désormais d’être cosmique afin de libérer l’esprit et de conduire ce dernier vers un façonnement pur des réminiscences. Pour ce faire, le peintre catalan opte pour de très grands formats (2m70 sur 3m65), se tourne vers des matières brutes comme le fibro-ciment sur lequel il élabore ses premières esquisses. Le bleu choisi semble infini et brumeux, d’inspiration réelle puisqu’il fait directement référence à la Catalogne et la Méditerranée.

Joan Miró, Bleu I, 1961. ©Fondation Maeght
Les quelques points noirs et traits rouge vif qui parsèment çà et là la surface densément bleutée de ces trois toiles donne à l’ensemble une sensation de mouvement désorientant. Le triptyque bleu sera réalisé en une seule et unique journée, sans idéologie préconçue par son créateur, mais avec cet équilibre presque parfait entre figuration et abstraction. Une réalisation quasi compulsive mais qui sera finalement le résultat d‘une réflexion artistique fastidieuse de presque un an. Une réflexion qui se montrera poétique aussi, puisqu’à travers ces grands formats Joan Miró rehausse l’impression du dépouillement et crée une narration implicite de son œuvre grâce à la libre disposition des couleurs où le bleu prédomine. Une palette éblouissante, rendant lyrique l’évocation du réel (la mer et le ciel).
Joan Miró, Bleu I, 1961. ©Fondation Maeght
Joan Miró, Bleu I, 1961. ©Fondation Maeght

Enfin, loin d’être la continuité d’une ligne créatrice, ce triptyque bleu sonne d’avantage comme un aboutissement poétique mis en musique par un peintre, et met en lumière une étroite analogie avec la sérénité que dégagent les Haïkus japonais. Une œuvre de fin de carrière en fait, où l’artiste, qui n’a plus rien à prouver, s’épure à l’extrême, en revenant à des références azurées inhérentes à l’enfance. Une fidèle référence à sa propre inspiration créative. Car comme le disait lui-même l’intéressé : « les choses les plus simples me donnent des idées.» (Citation tirée de Miró Le peintre aux étoiles – Gloria Lolivier-Rahola, Joan Punyet, ed. Découvertes Gallimard).

Juan Mirò – Au-delà de la peinture

Fondation Maeght

623 chemin des Gardettes
06570 Saint-Paul

Du samedi 29 juin 2019 au dimanche 17 novembre 2019

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