FOCUS SUR LE DESSIN DIGITAL

Dieudonné ALLEY

L’une des caractéristiques de ce XXIème siècle est la révolution numérique. Il y a quelques décennies, l’appellation « dessin digital » aurait encore surpris. Aujourd’hui, elle parait être une évidence : personne ne s’étonne de voir un artiste réaliser son dessin à partir d’outils numériques.

Les particularités du dessin digital

Encore appelé « dessin numérique », le dessin digital est une forme d’art émergente qui consiste à réaliser un dessin sur un ordinateur à l’aide d’une tablette graphique et d’un stylet. A cet effet, l’artiste s’abstient de l’usage des outils traditionnels tels qu’une feuille de papier, des pinceaux, un crayon ou de la peinture.  

Les avantages de cette technique sont nombreux. Elle permet en effet à l’artiste de retoucher son œuvre autant qu’il le souhaite et surtout de retoucher rapidement. Rien n’est jamais définitif ! Y a-t-il un trait mal dessiné ? Il suffit de revenir en arrière en un clic et il disparait. 

L’art digital participe également à l’incitation des artistes à une création éco-responsable. Adieu les gaspillages de feuilles ! Adieu les manques d’espace à l’atelier ! C’est une source d’économie pour l’artiste. Ce dernier n’a plus besoin d’acheter des centaines de crayons, stylos ou feuilles. Il pourra utiliser et créer toutes les couleurs qu’il souhaite à partir de son ordinateur. 

En termes de précision, c’est un excellent allié. L’artiste peut zoomer son dessin à sa guise. C’est assez utile lorsqu’on a à faire à un dessin trop petit. Pour l’artiste Aurel Yahouedeou, c’est « le meilleur moyen de réussir des dessins qu’on ne pourrait réaliser à la main ». 

Mais il faut reconnaitre que malgré les nombreux avantages de la technique, les œuvres qui en sont issues sont peu appréciées des aficionados de l’art contemporain. Beaucoup reprochent à ce medium de moins faire ressentir l’âme de l’artiste. Contrairement aux mediums traditionnels, cette œuvre ne permet aucune expérience sensorielle : on ne peut sentir aucune odeur, ni ressentir au toucher la craquelure de la toile. Pourtant, de grands noms de l’art contemporain se sont pris au jeu, à l’instar de David Hockney.

David Hockney, Yosemite/, 16 octobre 2011, dessin sur iPad imprimé sur 6 feuilles de papier, 181,5x108,3 cm, Contrecollées sur six feuilles de Dibond, Dimensions totales : 363x325 cm, The Fine Arts Museums of San Francisco, Copyright 2013 David Hockney

QUELQUES ARTISTES DE DESSIN DIGITAL A SUIVRE

Benjamin HEINE, Belgique

Né en 1983, Benjamin Heine est un artiste visuel multidisciplinaire. Il est à l’origine de plusieurs formes artistiques dont les plus connues sont « Pencil vs Camera » et « Digital Circlism ». La première consiste à faire un dessin à la main et à le photographier dans un endroit spécifique, de façon à créer une inclusion parfaite du dessin dans l’environnement photographié. La deuxième s’inspire de pop art et de pointillisme pour proposer des portraits de célébrités ou d’icônes réalisés à partir d’un ordinateur. Sur ces portraits réalisés sur fond noir, l’artiste appose des cercles plats monochromes et monotones qui leur confère un aspect tridimensionnel. Dans la série pencil vs camera, l’oeil est surpris par la réappropriation que fait Benjamin Heine de la réalité. Il la recrée et la rend surréaliste.  

©Benjamin Heine, Pencil Vs Camera 22
©Benjamin Heine, Pencil Vs Camera 57

Aurel Yahouedeou, BENIN

Aurel Yahouedeou est un dessinateur béninois né en 1994. Artiste autodidacte issu d’une formation d’ingénieur en réseaux et sécurité des systèmes informatiques, sa passion pour le dessin digital ne surprend guère. Féru de mangas, il s’intéresse au dessin depuis ses dix ans. Il est fortement influencé par le surréalisme et le pop art. Chacune de ses œuvres sont vues comme un sketch témoin de l’époque contemporaine. 

Pendant longtemps, ses œuvres se sont caractérisées par l’absence des couleurs. Ces dessins, exposés en 2018 lors de la biennale de Dakar, ont assez surpris le public africain, pas encore habitué à ce medium. Face à cela, l’artiste répond, « le dessin digital est autant déprécié aujourd’hui que le fût le pop art à ses débuts. Les gens finiront par s’y intéresser tôt ou tard ».  

En combinant dessin et photographie, Aurel Yahouedeou utilise souvent une forme artistique appelée « anamorphose ». Cette technique est au carrefour du « Pencil vs Camera » de Benjamin Heine et des installations de JR. Mais contrairement à ce dernier, les œuvres d’Aurel Yahouedeou sont des dessins et non de la photographie. Ces dessins sont, la plupart du temps, entièrement faits sur un ordinateur et tendent à créer l’illusion d’êtres tridimensionnels. Il se plait à brouiller la ligne de démarcation entre le réalisme et le surréalisme de façon à nous entrainer dans son imaginaire des plus vastes. 

©Aurel Yahouedeou, Laurence, dessin digital et photo, courtesy Aurel Yahouedeou
©Aurel Yahouedeou, Eva, dessin digital et photo, courtesy Aurel Yahouedeou

Stephanie CHARDON, France,

Chez cette dessinatrice issue de l’école des Beaux-Arts de Beaune, le dessin est une passion restée intacte depuis l’enfance. Elle complète ce parcours par une formation en graphisme, illustration, BD et image animée.

Pendant 25 ans, la peinture et la sculpture côtoient cette passion dans sa vie. On pouvait s’y attendre : Stéphanie CHARDON est influencée par Van Gogh, Matisse, Schiele, Picasso, les artistes classiques et expressionnistes, et la littérature. 

Devenue professeure de dessin, elle limite depuis deux ans ses créations au dessin par « besoin d’être dans l’immédiateté ». 

Sa série « récréation digitale » réalisée à partir de stylet sur une tablette, témoigne bien de cette quête d’immédiateté. L’artiste y interroge ses sentiments, ses sensations, son désir, ses contradictions, et ses délires les plus fous. 

©Stéphanie Chardon, Récréation digitale, Courtesy Stéphanie Chardon
©Stéphanie Chardon, Récréation digitale, Courtesy Stéphanie Chardon
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