Sorties

AKAA 2019 : entretien avec Victoria Mann

La quatrième édition de la foire AKAA vient de s’achever à Paris. Plus de 130 artistes sont présentés par une cinquantaine de galeries venant du monde entier. À cette occasion, nous avons rencontré Victoria Mann, la femme derrière cet événement incontournable du marché de l’art parisien. Entre cette franco-américaine et l’art contemporain africain, c’est une histoire d’amour qui n’en finit pas. 

Victoria Mann ©Roberta Valerio

Art’nBox: La quatrième édition de la foire AKAA est en train de s’achever. Les foires se succèdent. Mais elles ne se ressemblent pas. Quelle est la particularité de celle-ci?

Victoria Mann: En fait, Chacune est différente. Parce que c’est hyper important pour nous de montrer la diversité des créations de ce continent. L’un des gros travaux qu’on fait avec AKAA depuis le départ,  c’est la déconstruction des clichés, des pré-conceptions qu’on peut avoir sur l’art contemporain africain. On est venu de loin. On a fait notre première édition en 2016, avec une création en 2014, 2015. Je me posais des questions très innocentes au début. Je me demandais par exemple, si le critère pour faire partie d’AKAA est d’être Noir. On vient donc de très loin. 

Cheick Diallo, Fauteuil Sansa Métal et fils de nylon 80 x 80 x 90 cm, Bamako Art Gallery

L’idée, c’est de montrer quelque chose de plus prestigieux, quelque chose qui est à la hauteur des grandes foires internationales et  de révéler des artistes qui émerveillent, qui surprennent, qui interrogent par leur incroyable créativité. C’est un pari qu’on se fixe tous les ans d’avoir à la fois des artistes qu’on retrouve d’année en année. Cela est rassurant. Ca veut dire qu’il y a une vraie montée, une vraie stabilité et une vraie puissance de ces artistes, tout en ayant un corpus qui évolue puisque nous ne présentons pas les mêmes oeuvres année après année. Notre foire permet la découverte de tous ces artistes souvent inconnus du public. Et ça, c’est vraiment important à souligner. Au fur et à mesure qu’on continue, on se qualifie comme une foire de découverte et non une foire de spéculation! C’est vraiment une identité qu’on forge année après année. 

Hassan Hajjaj, Asheber, 2014 Metallic Lambda on 3mm dibond ©193 Gallery

Qu’est qui nous différencie des autres ? Je pense qu’effectivement il y a un ensemble qui est extrêmement cohérent. On monte en qualité d’année en année. Notre foire est jeune. Même si elle n’est plus nouvelle, elle l’a été pendant quelques années. C’est donc important pour nous de montrer que chaque année, la foire se renforce au niveau qualitatif et au niveau de artistes. Je pense que cette année ce qui a été très positif, c’est les choix des galeries. On a énormément de galeries qui ont choisi de faire des solo show. Le solo show, ça montre un vrai investissement dans l’artiste. C’est considéré comme une prise de risque pour la galerie parce qu’elle ne propose ainsi qu’une seule offre. Mais, en même temps, il faut réaliser qu’on  est dans un monde où le collectionneur est visuellement saturé. Le solo show permet potentiellement une connection un peu plus immédiate, un peu plus forte avec l’artiste. Il permet au visiteur de rentrer dans l’univers de l’artiste et à la galerie de montrer qu’elle mise vraiment sur cet artiste. Si la galerie a confiance en l’artiste, le collectionneur aura confiance en l’artiste.

Maya Ines Touam, Ready Made, Sans titre 3 ​2017-2018 Tirage photographique mat sous diasec 60x70 cm ©African Gallery

Art’n box: En parlant de Solo show, la galerie 31 project présente sur son stand un solo show de l’artiste plasticienne Georgina Maxim appelé “your parents are so old”. Ce sont des oeuvres crées à partir de tissages et de broderies de textiles ayant appartenu essentiellement à des femmes. Cette artiste représente le pavillon de son pays, le Zimbabwe, à la 58ème édition de la biennale de Venise.  En ce dernier jour de la foire, quels sont les retours que vous avez eus à propos de ce show?

Victoria Mann: C’est incroyable ! Tous les matins quand j’arrive, il y a cinq points rouges de plus. Il y a une vraie connection. L’Artiste est là. Son histoire est passionnante. Elle est dans la générosité. Elle est dans le partage, ses oeuvres aussi. Et je pense que ça résume tout. On retrouve ça chez Georgina Maxim. Mais on le retrouve aussi chez d’autres artistes. On est une foire qui a une réputation de convivialité, de chaleur et de bonne atmosphère. J’ai une équipe formidable qui a toujours le sourire. Tout ça contribue au partage. Beaucoup d’artistes sont ici pour partager, pour échanger. Ils ne sont pas là pour être dans les pattes des galeristes. Au contraire, ils veulent raconter leur histoire. Je pense qu’aujourd’hui dans l’art contemporain en général, on a besoin d’histoire. On a besoin de raconter l’histoire des artistes. C’est ça qui est absolument fabuleux à AKAA et c’est ça qui me fait personnellement vibrer.

Georgina Maxim, Shabby Agnes, 2019, Textile, mixed medias, diamètre 160 cm détail ©31 Project

Art’nBox: En terme de fréquentation de la foire cette année, quel bilan faites-vous ? 

Victoria Mann: J’ai envie de dire, “Regarde autour de toi” ! A part les objectifs de fréquentation, ce qui me fait chaud au coeur, c’est de voir à quel point la curiosité des gens est touchée.  En plus, ce qui est formidable, c’est qu’on a des collectionneurs établis, des jeunes collectionneurs, mais on a aussi des visiteurs curieux qui, s’ils ont un coup de coeur, peuvent accéder aux oeuvres. 

Art’nBox: J’arpentais les allées de la foire tout à l’heure pour recueillir les impressions des exposants. Les avis sont mitigés. Pour les jeunes galeries AFIKARIS et ATISS et MAN, le succès n’étaient pas au rendez-vous. Mohamed Cissé de la galerie MAN me disait n’avoir conclu aucune transaction intéressante. Dans le même temps, chez Magnin Art, on se réjouit d’avoir effectué de très bonnes ventes. 15 oeuvres du nigérian Joseph Obanubi, 3 oeuvres de Houston Maludi et 2 oeuvres d’Amadou Sanogo dont le tableau “Autoportrait au pluriel” vendu à 25 000 euros ont trouvé des acquéreurs. Quel commentaire fais-tu de ces avis mitigés des exposants ?

Victoria Mann: Une foire où tous les exposants vendent tout n’existe pas. Nous, on fait notre maximum pour que le plus de ventes se fassent. Il faut apprendre à connaître son public. Bien sûr que ça me désole qu’il y ait des galeries qui ne soient pas contents. Parce que moi, mon but c’est que tout le monde soient heureux. Néanmoins, il faut faire la part des choses. Si on était une foire qui ne vendait pas, Magnin n’aurait pas vendu, 31 Project n’aurait pas vendu, Nil n’aurait pas vendu, AfricanArty n’aurait pas vendu et Artco n’aurait pas vendu. Tout ça, ce sont des galeries chez qui il reste peu de choses à acheter. 

Donc, visiblement les collectionneurs sont là. Les institutions sont là aussi. On a eu le comité d’acquisition Afrique du Centre Pompidou, les commissaires du Centre Pompidou, la Fondation Cartier, la Fondation Africanart, des grands collectionneurs et commissaires américains. Jeudi soir, nous avons fait une soirée privée où nous avons invité 500 collectionneurs, tous étaient présents !

Julien VIGNIKIN (né en 1966 à Ouidah, Bénin), Masque XXV, Douves de tonneaux, acrylique, 95x72x19cm, 2019 ©Galerie Valois

Art’nBox: L’Elysée souhaite faire de l’année 2020, l’année de l’Afrique, notamment avec “Africa 2020”. La foire AKAA s’inscrira-t-elle aussi dans cette mouvance, l’année prochaine ? 

Victoria Mann: Bien sûr,nous avons des idées dans ce cadre et cela fait longtemps qu’on y réfléchit. Maintenant, une foire c’est de l’événementiel. Il y a beaucoup de choses qui se font au fur et à mesure. On ne peut pas avancer plus vite que la musique. On a testé des choses qui ont marché cette année et qu’on aimerait développer. C’est le cas des journées cinéma que nous avons inclues dans la programmation de cette année. C’est le cas également des performances et musiques que nous pourrons plus étoffer. Ce sont des choses que l’on peut faire hors les murs. 2020 sera  une année importante pour nous aussi parce que AKAA aura cinq ans. Donc, audelà de Africa 2020 qui est aussi très important, on voudrait arriver à marquer le coup. On va évidemment réfléchir à tout cela, nouer des partenariats et réfléchir à de belles initiatives. Je te propose qu’on en rediscute après mercredi prochain (rire)…

John Newdigate, Pecking Order, Hand Painted, Glazed Porcelain , 2019, ©Ebony

ArtnBox : Banco ! Avec plaisir. AKAA s’est aujourd’hui imposé comme une grande foire, une foire incontournable à Paris. Mais dans le même temps, il y a la foire 1:54 à Londres, aux Etats Unis et au Maroc. Assisterons-nous bientôt à l’exportation de la foire AKAA aussi, vers l’Afrique par exemple ?

Victoria Mann: Bien sûr qu’on réfléchit à des projets de développement. Je souhaite tout le succès du monde aux autres foires qui se développent à vitesse grand V. Mais moi, mon objectif premier est de pérenniser. Le marché français n’est pas un marché forcément facile à conquérir. Nous y arrivons petit à petit. 

On a eu une annulation en 2015, ce qui fait qu’économiquement parlant, il a fallu l’intégrer dans notre développement. Donc, oui on se développera, oui on pensera à d’autres événements ailleurs dans le monde. Mais notre priorité principale restera la pérennité de Paris.

Joseph Obanubi, Waterside Stories I, 2018 ©Magnin-A

Art’nBox

Découvrez le bleu sous toutes ses formes dans notre coffret de septembre-octobre

« Bleu ! »

Art’nMag

100 pages inédites sur le bleu dans l’art, imprimé en format de poche, regroupant portfolios, dossiers et articles écrits par nos journalistes et spécialistes.

Bonne lecture !

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *