© Niki Neuts, Mutations6, 2018, encre sur carton, 160x120cm.
Niki Neuts : UN ART BRUT DE LA RE-NAISSANCE ?

François Beauxis

Art’nBox : D’où te vient cette croyance d’un grand cycle de la Vie, de la Mort et de la Renaissance ?

Niki Neuts : J’ai été élevée par mes grands parents jusqu’à mes 10 ans. Mon grand-père gardait un joli cimetière dans une ville de banlieue. C’était tout autant un cimetière qu’un jardin et un potager. J’ai vécu tout à côté des morts. Je veillais sur ces chers disparus qui habitaient derrière ces pierres tombales.

Ils étaient, pour moi, en transition, en passage d’une vie à une autre…. car la mort ne pouvait être définitive !
Je regardais leurs visages sur les tombes. J’imaginais leur devenir et ce qu’ils emportaient de leur vie passée, leur mémoire de demain.

A : Comment cela influence ton travail ?

N.N : Je recherche toujours le mouvement, je veux rester abstraite mais ça finit toujours dans le figuratif !

L’abstrait c’est l’absence du vivant, et je reviens toujours à cette idée de renaissance… mes dessins sont des naissances, qui animent le végétal, l’animal et l’humain. Mais je ne sais pas bien parler de mon travail.

Ce que je fais est une exagération des émotions, une façon très personnelle de décrire le monde tel que je le ressens.

© Niki Neuts, Mutations6, 2018, encre sur carton, 160x120cm.

A : Pas de couleur dans tes oeuvres : un choix esthétique ? 

N.N : Oui la couleur ce n’est pas assez moi ! J’ai abandonné la peinture pour l’encre après un voyage en Chine.

L’encre est très vivante ! Tout reste et rien ne s’efface. Je dessine avec de l’encre blanche sur des cartons noircis, ou l’inverse.

Il me faut changer les codes pour arriver à quelque chose de nouveau. Éliminer le beau qui n’est pas sincère. Je recherche le geste « brutal » sur des formats de plus en plus grands.

La couleur distrait, j’ai besoin de plus de dépouillement, de pureté et de vérité…et c’est cette beauté-là que j’aime offrir.

© Niki Neuts, La bouche ouverte, encre, 160x120cm.

A : D’où te viennent ces images, ces formes, ces êtres ?

N.N : La série Malavitaz m’est venue après mon retour de Chine, ces visages de femmes me sont apparus comme les portraits d’une galerie d’ancêtres qu’on peut trouver dans les couloirs des châteaux…

A : Un travail qui nous replonge dans nos racines ?

N.N : Oui, exactement, ma proposition est de solliciter la mémoire profonde du spectateur.

Il y a des racines dans mes dessins, de petits morceaux de végétal, greffés sur l’humain ou l’animal. Ce sont de vraies racines qui s’enfoncent dans le passé.

© Niki Neuts, Malavitaz16, 2016, encre et acrylique sur toile, 55x46cm.

A : Et cette utilisation du trait, du fil, du fil de fer ?

N.N : Le fil de fer est également le fil conducteur qui matérialise le trait dans l’espace, qui permet que la perpétuelle mutation des êtres soit en contact avec l’espace qu’ils appréhendent.

Il me permet, avec des moyens «pauvres» (cartons, tissus, objets de récupération) de plonger le regardeur dans un univers global, qui occupe la totalité d’un lieu en liant l’inerte et le vivant à travers de vastes installations.

 

INFOS UTILES

Site internet : http://www.neuts.net

© Niki Neuts, Muses, 2016, encre, 70x100cm.

Retrouvez cet article dans Art’nMag #6 : « La Peinture se Mange »

Sale
«Art brut ». Cette expression est choisie par le peintre Jean Dubuffet au milieu du XXème siècle,- peut-être même dès les années 1920 - pour définir l’art des non-artistes.
Le non-artiste, c’est d’abord celui qui n’a pas conscience d’être artiste : l’enfant, le fou, l’autodidacte, le prisonnier, c’est-à-dire celui qui est en-dehors de ce que Dubuffet nomme «l’asphyxiante culture».  - Extrait de L'édito signé Elora Weill-Engerer.
 Bonne lecture ! 
Art’nMag #6 : La Peinture se Mange
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