L’Âge d’or de la peinture anglaise au musée du Luxembourg

par Elora Weill-Engerer

Jusqu’au 16 février 2020, quelques chefs-d’oeuvre de la Tate Britain s’installent au musée du Luxembourg. Une belle occasion de revisiter les différents genres de la peinture anglaise à travers une sélection de peintures de la période glorieuse des années 1760 à 1820. 

Exposition partenaire d’Art’nBox accessible avec le pass offert dans la 10ème édition « Bleu! ».

Thomas Gainsborough Gainsborough Dupont Vers 1770-1775 Huile sur toile 45,5 × 37,5 cm Légué par Lady d’Abernon en 1954 Londres, Tate exposition

Si l’on demande ce que vous évoque la peinture anglaise sous le règne de Georges III (1760-1820), vous répondrez peut-être que vous n’êtes pas un fervent adepte des froufrouteries  à l’eau de rose et rubans en sucre acidulés du genre Hello Sir, do you want a cup of Tea ?. Que nenni, my dear, « L’âge d’or de la peinture anglaise » est une exposition pour tous les goûts. J’en veux pour preuve la présentation d’une gamme élargie des genres picturaux de l’époque : portrait de la noblesse, portrait d’enfant, paysage, aquarelle, peinture d’histoire, peinture romantique…

Très pédagogique, sans pour autant nous noyer dans des cartels infinis, l’exposition a le mérite de nous (re)situer en toute clarté dans le contexte historique. Lequel ? Celui de l’essor culturel de l’Angleterre qui affirme alors pleinement son identité artistique. Fin du XVIIIème siècle, les salons se multiplient, l’art passe du privé au public et les commandes royales commencent à côtoyer une clientèle d’aristocrates et de bourgeois. L’art britannique se constitue alors en école avec la création de la Royal Academy of Arts en 1768. Ces années voient l’affirmation des genres du portrait et du paysage, à l’heure où les thématiques du sublimes et du pittoresque se développent.

Joshua Reynolds L’Honorable Miss Monckton 1777-1778 Huile sur toile 240 × 147,3 cm Légué par Sir Edward Stern en 1933 Londres, Tate
Joshua Reynolds L’Honorable Miss Monckton 1777-1778 Huile sur toile 240 × 147,3 cm Légué par Sir Edward Stern en 1933 Londres, Tate

Le parcours, conçu en enfilade comme les pièces d’une maison, propose un accrochage sur fonds de couleurs vives délimitant chaque ensemble. D’emblée, on découvre la confrontation des deux maîtres de l’époque : Thomas Gainsborough et Joshua Reynolds. Leurs portraits, mêlés dans la première salle, invitent à l’exercice  difficile de distinguer la pâte de l’un de celle de l’autre. On note désormais que la peinture de nobles se fait plus libre, la touche plus enlevée et épaisse, et le cadre plus proche du jardin paysager alors en vogue. Après le face-à-face Reynolds / Gainsborough, la visite se prolonge sur d’autres portraits de cour, avec, entre autres un impressionnant portrait de Mrs Siddons, par Thomas Lawrence, peint dans une atmosphère théâtrale tout à fait romantique.

Thomas Lawrence Mrs Siddons 1804 Huile sur toile 254 × 148 cm Présenté en don par Mrs Caroline Fitzhugh en 1843 Londres, Tate
Joshua Reynolds Miss Crewe Vers 1775 Huile sur toile 137 × 112 cm Collection particulière, en dépôt à la Tate Britain, depuis 2009 Londres, Tate

La salle suivante donne quant à elle la part belle à la représentation de la famille et de l’enfance en faisant côtoyer les artistes historiques (Reynolds, Wright of Derby) et les moins connus (Hoppner, Wheatley). Dans l’ensemble consacré au spectacle de la nature, se retrouve l’attachement très britannique au portrait animalier (lévriers, chevaux, chasse…) mais également le goût croissant de l’époque pour la villégiature dans les arcadies périphériques. Particulièrement délicates et graphiques sont les aquarelles de Turner, Constable, Cozens et Cotman, qui rappellent le développement à cette époque de la peinture sur le motif, en extérieur, grâce à la création de mallettes de couleurs transportables.

Une autre variante du genre pittoresque se retrouve dans les vues capturées par les artistes dans les colonies britanniques, notamment indiennes. Les couleurs plus vives, dans des compositions parfois plus complexes,  annoncent le genre romantique des deux dernières pièces, entre peinture d’histoire et visions merveilleuses. Quelques chefs-d’oeuvre agrémentent la fin de la visite : Le Rêve du berger de Henry Fuseli, La Destruction de Sodome de Turner, deux aquarelles de Blake et surtout la sublime et démesurée Destruction de Pompéi et d’Herculanum de John Martin.

Sous le commissariat de Martin Myrone, conservateur en chef de la Tate Britain, l’exposition « L’âge d’or de la peinture anglaise » rassemble quelques bijoux de la Tate de peintures plus ou moins connues dans un écrin agréable à visiter.

John Martin La Destruction de Pompéi et d’Herculanum 1822 Huile sur toile 161,6 × 253 cm Acheté en 1869 Londres, Tate
George Stubbs Couple de Foxhounds 1792 Huile sur toile 101,6 × 127 cm Acheté avec l’aide de la Société des Amis de la Tate Gallery en 1973 Londres, Tate

L’Âge d’or de la peinture anglaise – De Reynolds à Turner

Chefs d’oeuvre de la Tate Britain 

11 septembre 2019 – 16 février 2020

Musée du Luxembourg 19, rue Vaugirard 75006 Paris

Exposition organisée par la Réunion des musées nationaux – Grand Palais en partenariat avec la Tate, Londres.

Accessible avec le pass pour deux personnes, offert dans la box n°10 « Bleu ! »

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Bonne lecture !

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