Chateau de Malmaison, ©Aurore Markowski

Kehinde WILEY au Chateau de Malmaison

par Dieudonné Alley

Réinterprétation contemporaine de l’oeuvre “Bonaparte franchissant le col du Grand- Saint- Bernard”, quand Kehinde Wiley rencontre Jacques Louis David au Château de Malmaison.

Jacques-Louis David, Le Premier Consul franchissant les Alpes au col du Grand Saint-Bernard. Photo © RMN-Grand Palais (musée des châteaux de Malmaison et de Bois-Préau), Franck Raux
Jacques-Louis David, Le Premier Consul franchissant les Alpes au col du Grand Saint-Bernard. Photo © RMN-Grand Palais (musée des châteaux de Malmaison et de Bois-Préau), Franck Raux

En 1801, le français Jacques Louis David peint le Bonaparte franchissant le col du Grand- Saint – Bernard. Cette œuvre réalisée en cinq exemplaires dont trois commandés par le premier consul lui-même à des fins de propagande, présente tous les codes du pouvoir. Le premier exemplaire réalisé appartient à la collection du château de Malmaison depuis 1949. Il est considéré comme l’œuvre majeure de l’établissement. 

Kehinde Wiley, Napoleon Leading the Army over the Alps, 2005. © Kehinde Wiley (Photo Brooklyn Museum)
Kehinde Wiley, Napoleon Leading the Army over the Alps, 2005. © Kehinde Wiley (Photo Brooklyn Museum)

Plus de deux siècles plus tard, c’est l’artiste afro – américain Kehinde Wiley qui a choisi de réinterpréter cette œuvre. Connu notamment pour créer des dialogues entre histoire de l’art et culture de la rue, l’artiste s’intéresse dans cette série à ses sujets favoris : héroïser les invisibles, les marginaux, les minorités, souvent exclus de l’art classique occidental en général et en particulier exclus des représentations du pouvoir. Le choix du portrait de Napoléon Bonaparte, archétype par excellence de la représentation du pouvoir renforce cette intention de célébrer les minorités. 

Réalisé en 2005, le Napoléon Leading the Army over the Alps est une œuvre majeure de l’art “décolonial”. Elle fait partie d’une série de portraits équestres figurant dans la collection permanente du Brooklyn museum. L’histoire de l’art, nous avait peu habitués à voir des Noirs incarner des positions de pouvoir. Oser représenter un afro-américain lambda à la place de Napoléon Bonaparte dans la réinterprétation de ce tableau, est selon l’artiste, “un acte engagé”. Et c’est ce qui est fascinant chez Kehinde Wiley ! Son œuvre questionne principalement la place des Noirs et d’autres minorités dans la représentation du pouvoir. Son tableau s’affranchit, de ce fait, du portrait du Noir esclave, de la Servante noire, du Noir rien, du Noir invisible et du Noir inexistant. Il faut aussi louer son talent à concilier l’ancien et le contemporain dans une création résolument Pop. 

Kehinde Wiley
Kehinde Wiley

L’artiste ne s’est pas livré au travestissement du modèle. Il a réussi à lui faire incarner le pouvoir tout en le représentant dans ses vêtements urbains. Contrairement à Bonaparte sur le tableau de David, le modèle de Wiley ne porte pas le chapeau napoléonien. Il porte plutôt un bandana blanc, accessoire récurrent dans la mode urbaine américaine. Les bottes du Premier Consul sont remplacées par des chaussures Timberland, symbole de l’intention de l’artiste à inscrire l’œuvre dans une véritable contemporanéité. 

Le modèle est vêtu de treillis et porte un bracelet rouge, ce qui tranche avec les tenues d’apparat portées par Bonaparte dans l’œuvre de Jacques-Louis David. Le fond bleu ciel du tableau de ce dernier est remplacé par des motifs Wax de couleur rouge et or. Là encore, Wiley souhaite affirmer la référence de son œuvre aux Noirs et aux africains en l’occurrence. Cette œuvre captive et questionne dans une Amérique où la place des afro-américains est sujette à maintes revendications dont le très médiatisé “Black Lives Matter”.

L’exposition Wiley rencontre David a lieu du 9 octobre 2019 au 6 janvier 2020 au château de Malmaison. Elle sera présentée au musée du Brooklyn du 24 janvier au 10 mai 2020.

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