Andrea della Robbia, tondi extérieurs de l'hôpital des Innocents (Spedale degli Innocenti) (1487), Firenze.

DELLA ROBBIA : 

EGALER LE BLEU DU CIEL

par Laure Saffroy-Lepesqueur

Le ciel a la même couleur que les sculptures des Della Robbia, se dit-on en rencontrant les œuvres de cette famille d’artistes dans un musée, une église, un hôpital ou encore un cloître. Entre tous les lieux où elles demeurent désormais, le lien entre toutes ces œuvres est souvent bien ce bleu, caractéristique, symbole paradisiaque d’un ciel sans perturbation, aucune : l’équivalent de l’or, immuable et plat, des icônes et des peintures sur bois qui les ont précédées. Le ciel et le bleu règnent discrètement et ouvrent la porte d’une infinie contemplation.

Luca Della Robbia, Madonne à l'enfant avec une fleur , National Gallery of Art, Washington, DC, USA

La terracotta invetriata (terre-cuite émaillée) que la famille Della Robbia invente à la Renaissance, à Florence, au 15ème siècle, fait grand bruit à l’époque pour sa modernité, la douceur de ses figures et l’éclat de ses couleurs dont le bleu est roi, quasi-systématique et inimitable. C’est que la famille et ses ateliers, de générations en générations, gardent précieusement leur secret de fabrication. De Luca, le fondateur, à Andrea le neveu, puis à Luca le jeune et Girolamo reprenant le flambeau et l’emportant avec lui en France à la cour de François Ier, il y a plus de soixante-quinze ans de secret bien verrouillé. Soixante-quinze ans jusqu’à ce qu’une femme de la famille, selon la légende, ne divulgue ce secret à un clan adverse, marquant ainsi l’arrêt de l’atelier-boutique de la famille. C’est cette aura autour de leur pratique qui a fait de leurs œuvres un mystère, longtemps, et crée encore une fascination aujourd’hui. Une fascination toute de bleue vêtue, qui a choisi de faire confiance au cobalt pour égaler un ciel sans nuages.

Attribué à Andrea della ROBBIA, La Vierge et l'Enfant avec trois chérubins Terre cuite émaillée, 1,18 m x 0,73, Musée du Louvre

Copiés, jalousés mais visiblement jamais égalés, les Della Robbia qui voulaient dépasser la classique majolique et ses couleurs attendues, se rendent uniques grâce à leur invention qui surprend et comble toutes les envies : la beauté, la spiritualité et étonnamment, le moindre coût. L’effet est resplendissant, le bleu brille, le matériau résiste et il coûte peu : voilà la Toscane prête à se laisser envahir de beauté bleutée et virginale. 

Aujourd’hui, et avec un œil du 21ème siècle, on pourrait se laisser étonner et croire qu’un artiste contemporain s’est remis aux bondieuseries avec des couleurs éclatantes, frôlant le pop, choisies et limitées au blanc, au jaune, au vert et au céleste bleu. Sous l’influence de la parole franciscaine, elles se transforment en porte-parole humaniste, en tendres visages qu’on a envie de nommer d’une parole qui ressemble au mot perfection. Ces œuvres sont si simples, si lisses et si brillantes qu’elles ne détonneraient pas tant que cela parmi des oeuvres contemporaines.

Andrea Della Robbia, Vierge à l'enfant, 1485
Vierge à l'Enfant avec le Saint Esprit et deux chérubins, terre cuite émaillée.

Contempler le bleu aussi clair que profond de ces sculptures, c’est pourtant fuir le temps à travers la couleur. C’est prendre de la hauteur. Contemporain ou non, de ce bleu dont il est question, on retient une unité, un ailleurs, une sorte d’éternel et l’on imagine aisément le premier Della Robbia regarder vers le haut et se dire que du ciel si lointain, il fera une couleur que les humains peuvent toucher. 

Pour se souvenir du bleu les jours de pluie.

Andrea Della Robbia, Vierge à l'enfant et deux chérubins

Art’nBox

Découvrez le bleu sous toutes ses formes dans notre coffret de septembre-octobre

« Bleu ! »

Art’nMag

100 pages inédites sur le bleu dans l’art, imprimé en format de poche, regroupant portfolios, dossiers et articles écrits par nos journalistes et spécialistes.

Bonne lecture !

Leave a reply