Danièle Gibrat, le calque pour donner à regarder

Pauline Lisowski

Danièle Gibrat utilise le calque comme support pour réapprendre à lire et à percevoir ce qui nous entoure. A la fois, il cache et révèle. Surface transparente, l’artiste aime sa texture. « La transparence évite le mensonge », précise l’artiste. Pour elle, l’illusion doit se voir pour inciter le spectateur à faire l’effort du regard. Elle assume ses gestes de plasticienne, des déchirures, des plis, des percées.

L’artiste choisit le calque polyester pour sa douceur, support sur lequel son stylo bille glisse et construit une topographie d’un paysage. Les horizons de montagnes qu’elle dessine se découvrent par strates successives. De ses gestes frénétiques, les lignes se concentrent et structurent un espace, en suspens.

©Danièle Gibrat, "horitzó : ici, hier", stylo-bille sur calque polyester, chaise, 2016, dessin, environ 1m de hauteur

Horitzó : ici, hier, un dessin sur calque face à une chaise convoque la distance et renvoie à l’expérience du temps de la contemplation pour faire surgir les lignes d’un lieu, en mémoire. Cette installation fait écho à la fenêtre, cette ouverture vers le lointain. Les bords du support enroulés suggèrent le processus de construction de l’image.

©Danièle Gibrat, "horitzó : le seuil", stylo-bille sur calque polyester, bois, 2018, 1,43mx100

Avec Horitzó : le seuil, Danièle Gibrat poursuit sa recherche sur la tautologie de l’œuvre, entre matériau, objet et ce qui est représenté. Les feuilles, superposées, prennent appui, par le haut, sur des barres de bois. Début d’un cadre, ces éléments procurent une impression de stabilité par rapport aux feuilles de calque en lévitation. Plis, trous, amènent une vie dans cette œuvre, entre dessin et volume.

©Danièle Gibrat, "horitzó : les points cardinaux", scotch, stylo-bille, bois , 2019, 2mx2m environ, panneaux de bois, 30cmx30cm

Au mur, Horitzó : les points cardinaux se révèle au fur et à mesure du déplacement du spectateur. L’artiste utilise le scotch pour dessiner dans l’espace une œuvre qui se découvre avec la lumière. Par superposition de ce matériau transparent, elle fait apparaître une échelle, un appel vers le haut, vers ce territoire qu’elle n’a de cesse de représenter d’un geste frénétique. A ces côtés, deux paysages sur bois. Elle redécouvre des lignes fluides dans les rainures de ce matériau et les poursuit. Les formes de son paysage, en mémoire, resurgissent alors.

Ainsi, l’image se construit au fur et à mesure de la perception, du décollement couche par couche des feuilles de calque. Les dessins de Danièle Gibrat renvoient à une quête d’un saisissement d’un paysage.

Actualité artistique
Exposition collective : « Un pluriel bien singulier », du 16 mars au 26 avril 2019
L’atelier, espace arts plastiques
Mitry-Mory
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