AURELIE DUBOIS, ARTISTE DE GARDE

Sylvain Bernière

©Aurélie Dubois, Les Racines, mine graphite 90x150CM, détail, 2018

Travailler sur l’érotisme sans basculer dans les traditionnels clichés que véhicule la société n’est pas chose aisée, mais des artistes inattendus comme Aurélie Dubois ont réussi à introduire leur propre dose de subtilité, à grand renfort de messages subliminaux et autres métaphores visuelles. Naviguant dans l’indicible de l’érotisme, cette plasticienne, née en 1975 à Paris, nous transporte dans un intriguant voyage, entre désir de chair et bestialité.

Ses études plutôt classiques, à l’école Nationale Supérieure des Beaux Arts et à l’Université Paris VIII, n’ont jamais entamé son audace artistique et ses envies de singularité. Très vite, l’envie d’exposer et de partage avec le public se montre plus fort que tout. Elle enchaîne les expositions, là où le vent la porte, dans le sud-ouest dans un premier temps, et surtout à Paris où ses œuvres sont visibles dans diverses galeries, ainsi qu’au Grand Palais en 2010, où elle participe à l’exposition «Sexe et Convenances» en compagnie du galeriste Pascal Vanhoecke, et du célèbre producteur de films X Marc Dorcel.

Auréolée d’un prix multimédia en 2003, Aurélie Dubois a su mener sa barre dans les eaux tumultueuses qui sont les siennes. Son travail en témoigne pour elle. Dualisme subtil entre le côté bestial et libre du mammifère et le conformisme d’un système mercantile, ses œuvres s’articulent fortement autour de notions assez dérangeantes comme la frustration ou encore l’inhibition. Une manière de choquer désagréablement le spectateur ? Ce serait aller vite en besogne, tant la générosité d’Aurélie Dubois transparait à travers ses créations, avec cette inexpiable envie de secouer l’œil du contemplateur, en remettant la toute-puissance des instincts de l’homme à la place qu’elle mérite.

Cette mise en exergue de ce que le spectateur ne veut pas voir a véritablement pour but de transmettre un aveu, un déclic qui permettra, à celui qui saura l’entrevoir, d’aborder les pulsions sexuelles qui s’agitent en nous d’un point de vue indéniablement viscéral, sans filtre.

Un cheminement qui continue à évoluer aujourd’hui dans l’approche de l’artiste, notamment dans le cadre de sa prochaine exposition au 24Beaubourg au mois de juin. Durant cet événement le visiteur aura l’occasion de scruter le rapport à la sexualité qu’entretient respectivement le règne végétal et animal.

Comme l’indique l’artiste elle-même :

« J’utilise souvent la plume pour concevoir mes dessins, c’est quelque chose que je considère d’avantage comme une griffe, approche animale oblige, que comme un ustensile de création. Mais la bestialité de mon art ne s’arrête pas là, elle s’affirme également par l’impatience de mon approche artistique. En général je n’attends jamais que l’encre sèche et me sers de mes doigts comme buvard ou comme tampon. J’aime l’idée de maltraiter l’œuvre, voire de marcher dessus. La notion de perfection ne fait pas partie de mes prérogatives. Les tâches qui se perdent ne me gênent absolument pas. Mon lieu de création n’est d’ailleurs pas un atelier pour moi, mais un laboratoire plutôt, où j’expérimente à outrance. L’amour du monde me pulvérise, mais cette insatiable envie de transmettre cette météo des pulsions qui est mienne (émotions, horreurs, espoirs) prédomine toujours. »

©Aurélie Dubois, Balance-main-coeur, 60X60 cm, sérigraphie sur marbre
©Aurélie Dubois, Les Elles, 30x42cm, encre-carbone, 2018
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