Chéri Samba, J’aime bien son dos, 2011, acrylique et paillettes sur toile, 135x200cm, courtesy Magnin Art.
L’AFRIQUE : NID D’ARTISTES BRUTS ?

Dieudonné NH Alley

Frédéric Bruly Bouabré, Je suis la statue de la vraie misère Autrichienne, toute misère est de nature coupable ou innocente, non daté, courtesy Magnin Art.

En 1989, le commissaire d’exposition, Jean-Hubert Martin organise l’exposition Magiciens de la terre exclusivement dédiée aux arts «non- occidentaux» contemporains.

Cet événement qui représente une première en France a eu lieu simultanément au Centre Georges Pompidou et à la Grande Halle de la Villette et a réuni 101 artistes.

Excellent outil de dialogue culturel, l’exposition a ouvert la voie à une véritable prise en compte des formes d’expressions artistiques contemporaines d’ailleurs, qui ne correspondent pas aux modèles occidentaux.

André Magnin est celui qui a sélectionné les artistes africains participant à cet événement.

Pendant longtemps, ce galeriste a arpenté les villes et villages africains pour dénicher les pièces à présenter lors de l’exposition.

Plus tard, il consacrera vingt ans de sa vie à constituer, pour le compte de Jean Pigozzi, l’une des plus grandes collections d’œuvres d’art contemporain africain.

UN RAPPEL DES SPECIFICITÉS DE L’ART BRUT.
Romuald Hazoumé, TransumEnts, 2015, plastique et métal, 30x26x36cm (la pièce), courtesy Magnin Art.

Le peintre Jean Dubuffet, théorise l’art brut par deux éléments : l’un est d’ordre sociologique et l’autre d’ordre artistique.

La dimension sociologique de l’art brut s’intéresse au contexte d’origine de l’œuvre et son degré de formation.

Un artiste autodidacte et marginal qui crée sans avoir conscience de sa qualité d’artiste et sans s’inscrire nécessairement dans un courant artistique correspond parfaitement à la définition sociologique de l’auteur d’art brut.

En ce qui concerne la dimension artistique de cet art, elle est plus subjective et concerne un langage esthétique nouveau et un attachement fort aux matériaux.

Beaucoup de peintres africains n’ont jamais mis les pieds dans une école d’art. Ils n’ont pour beaucoup, reçu aucune formation artistique et créent souvent de façon spontanée dans un but esthétique ou pour véhiculer un message.

Les créations africaines mêlant récupération d’objets et art naïf sont nombreuses.

Certains ayant peu de contact avec l’Occident n’ont su qu’ils étaient artistes que le jour où un touriste, un collectionneur ou un marchand d’art comme André Magnin leur a dit qu’ils en étaient un.

D’autres ont même connu l’internement psychiatrique parce qu’incompris de leurs concitoyens. C’est le cas du béninois Georges Adeagbo.

Les œuvres des premiers artistes d’art contemporain africains ont aussi été pour la plupart «brutes» en un premier temps.

Trois exemples d’artistes Africains d’art Brut, ayant participés à Magiciens de la terre.

LES PEINTURES NAÏVES DE CHÉRI SAMBA
Chéri Samba, J’aime bien son dos, 2011, acrylique et paillettes sur toile, 135x200cm, courtesy Magnin Art.

Artiste autodidacte, incontournable de la scène contemporaine africaine, Chéri Samba débute avec des réalisations dans les ateliers de peintres d’enseigne et de publicité de Kinshasa.

Vers 1975, il s’intéresse à l’illustration et produit des bandes dessinées dans des revues zaïroises.

Chéri Samba ne se voit pas réellement à ses débuts comme un artiste. Ce sentiment l’animera bien plus tard.

Sa participation aux Magiciens de la terre en 1989 marque le début d’une carrière internationale, aujourd’hui fulgurante.

Ses œuvres sont figuratives et relatent souvent le quotidien des congolais.

Elles font intervenir sans cesse un rapport entre fausse et vraie naïveté qu’on rapprocherait du Douanier Rousseau.

L’abondance et la vivacité des couleurs, les récits qui illustrent les scènes représentées et les traits parfois grossiers des personnages laissent entendre l’absence de formation académique.

LES DESSINS DE L’INCONSCIENT DE FRÉDÉRIC BRULY BOUABRÉ.

Bruly Bouabre, ivoirien décédé en 2014 à l’âge de 91 ans est sans doute l’un des artistes d’art brut les plus importants d’Afrique.

Il dit être investi par Dieu de la mission de donner à l’Afrique sa propre écriture.

Il s’inspire de figures géométriques découvertes sur des pierres de son village pour créer un Syllabaire composé de 448 signes désignant chacun une syllabe.

Dès les années 70, il réalise plusieurs milliers de dessins à partir de ce qu’il observe, ses songes, ses révélations.

Ces dessins sont réunis sous le titre de «connaissances du monde».

Frédéric Bruly Bouabré, La démocratie s’impose, 2010, stylo bille et crayons de couleurs sur carton, 10,9x14,5cm, courtesy Magnin Art.
LES «MASQUES BIDONS» DE ROMUALD HAZOUMÉ.
Romuald Hazoumé, Rohingyas, 2016, plastique et rafia, 62x48x15cm, courtesy Magnin Art.

Né à Porto Novo au Benin en 1962, Romuald Hazoumé est un artiste plasticien profondément influencé par le vaudou même s’il a grandi dans une famille catholique.

Ses œuvres, réalisées à partir de matériaux de récupération, sont clairement empreintes de ce syncrétisme.

Ses sculptures sont réalisées avec des bidons en plastique recyclés.

Il est notamment connu pour ses masques dont les premiers furent exposés aux Magiciens de la terre en 1989.

L’aspect brut des œuvres de Hazoumé ne passent jamais inaperçu : il utilise des objets désuets et matériaux rebuts, souvent tels quels ou en les déformant peu pour représenter ses interrogations sur le monde contemporain.

Cette manière de créer est assez singulière et s’inscrit sans doute dans une recherche de techniques et de langages nouveaux propres à l’art brut africain.

Retrouvez cet article dans Art’nMag #6 : « La Peinture se Mange. »

 

Dans ce quatrième numéro d'Art'nMag, se disputent passions et raisons. Dans le monde impitoyable qu'est le marché de l'art, et sous la direction éditorial d'Elora Weill-Engerer, nos rédacteurs, passionnés, artistes et inventeurs, vous ont concoctés un splendide numéro plein de chiffres, de faits, d'humour et de vérités. Bonne lecture ! 
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