© Exposition Jean-Michel Basquiat à la Fondation Louis Vuitton.
Jean-Michel Basquiat et son héritage dans l’art brut contemporain

Damien Cardinaux

Du 3 octobre 2018 au 14 janvier 2019 s’est tenue à la Fondation Louis Vuitton une rare rétrospective de l’œuvre de l’artiste New-Yorkais Jean-Michel Basquiat, peintre d’avant-garde populaire et pionnier de la mouvance underground.

Cette exposition blockbuster retraçait l’ensemble de sa carrière, de 1980 à 1988, en se concentrant sur plus de 120 œuvres décisives, grâce à la générosité de 56 prêteurs différents des quatre coins du globe, venant compléter les collections particulières de la Fondation elle-même.

Le parcours, chronologique, entraîne le spectateur dans le New-York des années 1980, en 14 grandes salles thématiques.

Pourquoi ce plasticien, désormais le plus cher de la moitié du 20e siècle, intéresse-t-il autant le public d’aujourd’hui ? Pourquoi tant d’artistes contemporains s’inspirent-ils du travail de ce précurseur du Street Art, dont l’histoire et les techniques le rapprochent de l’art brut ? Imposition des codes d’un genre nouveau ? Sensibilité d’une génération à un langage puisé dans le graffiti, la culture afro-américaine, la musique Jazz et Hip-hop ? Fantasme de l’idée d’une création artistique pure, d’un autodidacte sauvage ?

© Exposition Jean-Michel Basquiat à la Fondation Louis Vuitton.
© Exposition Jean-Michel Basquiat à la Fondation Louis Vuitton.
© Jean-Michel Basquiat. Obnoxious Liberals, 1982.
FAIT INCONTESTABLE : BASQUIAT FASCINE.

Né en le 22 décembre 1960 à Brooklyn, d’une mère portoricaine et d’un père haïtien, son enfance est profondément marquée par la mésentente de ses parents, les séjours de sa mère en hôpital psychiatrique, mais aussi par une sensibilité constante à l’art aboutissant à son inscription à l’école d’art privée Saint Ann, où il se lie d’amitié avec le graffeur Al Diaz.

À l’âge de 16 ans, le jeune homme abandonne l’école secondaire et quitte le domicile familial définitivement.

De 1976 à 1980, il réalise avec Al Diaz et Shannon Dawsonde nombreux graffitis à proximité des galeries de Manhattan, toujours signés par l’emblématique pseudonyme SAMO, pour« Same Old Shit », qui lui construit une réputation dans le milieu artistique de l’East Village.

À partir de 1980, Basquiat est consacré et publiquement reconnu. Il présente son travail dans de nombreuses galeries New-Yorkaises. Il devient le plus jeune artiste jamais exposé à la Biennale du Whitney Museum of American Art, et entame une collaboration artistique et amicale très médiatisée avec Andy Warhol.

Il meurt le 12 août 1988, à 27 ans, d’une overdose d’héroïne et de cocaïne, laissant derrière lui une œuvre magistrale de plus de 800 tableaux et 1500 dessins.

© Jean-Michel Basquiat. Untitled., 1982, acrylique & crayon.
© Jean-Michel Basquiat. Untitled., 1982, acrylique & crayon.
JEAN-MICHEL BASQUIAT FAIT-IL DE L’ART BRUT ? SUR LE SUJET, LE DÉBAT PEUT VIVRE.

Sa formation artistique, ses références à la bande dessinée, à sa double culture haïtienne et portoricaine, l’influence de Matisse, Picasso, ou encore De Vinci l’éloignent du schéma fantasmé d’artiste brut, strictement autodidacte.

Mais la diversité et l’anticonformisme de ses supports (cartons de rue, portes, contreplaqué, toiles non tirées sur châssis ou bien montées sur châssis en lattes…), de ses techniques (bombe aérosol, crayon, pastel, « copier-coller »…) le rapprochent aisément de ce mouvement artistique.

Non seulement la technique, le style aussi l’évoque, à l’évidence : l’esthétique Bad Painting, parfois violente, les traits expressionnistes à la matière généreuse, ainsi que certaines toiles rappelant le travail de Jean Dubuffet, comme The Field Next to the Other Road.

 

© Jean-Michel Basquiat, The field Next to the Other Road, 1987.

En regard de l’engouement suscité par cet évènement majeur, la galerie d’art contemporain Polysémie à Marseille, spécialisée dans l’art brut, exposait au même moment les œuvres du plasticien Dominique Liccia.

L’exposition «Ali Baba après Basquiat» consacrait toute une partie de ce lieu à une série de pièces de Liccia, quasi duplicata des œuvres du maître.

Art’nBox est allé à la rencontre du galeriste François Vertadier. Celui-ci nous a donc appris que Liccia a eu «toute une époque Basquiat», qui a influencé «son œuvre très violente», reflet de sa «colère contre la société».

D’autres artistes revendiquent moins directement un héritage de Basquiat, que l’on peut néanmoins déceler dans leur œuvre.

C’est le cas du couple franco-allemand KRM, qui par leur concept «Esprit du Mur» réalisent des murs imaginaires sur bois, s’inspirant de fragments du mur de Berlin.

Leurs œuvres, sur lesquelles se mélangent aérosols, peinture, collages ou encore pochoirs, peuvent évoquer le travail du peintre New-Yorkais tant par les techniques utilisées que par le style et leur influence Street Art.

Leurs tableaux ont d’ailleurs été exposés aux côtés de Warhol, Basquiat et Haring au musée d’art contemporain de Montélimar en 2017.

Le plasticien Lillois Francis Moreeuw, qui quant à lui se défend d’avoir été inspiré par Basquiat, ne cache pas sa profonde admiration pour ce dernier.

Cet autodidacte, d’influence surréaliste, maîtrise lui aussi l’art de mélanger les techniques et de multiplier les références sur une même toile. Sa figuration, qu’il qualifie lui-même de «Figuration de Liberté», proche du Bad Painting, n’est pas sans évoquer l’art brut, tant par sa démarche que son esthétique.

Ce dernier, lors de nos échanges, nous a confié :

Trente ans déjà que Jean-Michel Basquiat, cet immense artiste, s’en est allé, nous laissant orphelins.

Orphelins ? Certes. Mais… quel héritage !

 

© Dominique Liccia, No Petrol, 2008, 90x122cm.
© Dominique Liccia, No Petrol, 2008, 90x122cm.
© KRM, REV, collection privée, dyptique sur bois, 207x244cm.
© KRM, REV, collection privée, dyptique sur bois, 207x244cm.

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